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Je me demande depuis un certain temps si la continuation de cette évolution sociale et révolution en matière de communication que connait l’humanité, nous mènera vers un point où la plupart des langues auront disparu, et si même la communication orale disparaîtra. Ces deux questions m’en font poser une troisième, à savoir, quelles seraient les conséquences de tels changements, s’ils devaient se produire?

En ce qui concerne la première question, le consensus est que la mondialisation entraîne déjà la disparition de nombreuses langues distinctes (voir un article de 2009 de la BBC, ou un article du Wall Street Journal). La standardisation et la mondialisation–et peut-être le besoin de se sentir plus éduqués dans un monde globalisé–poussent même les dialectes à l’exil. En Italie, par exemple, où des villages éloignés d’une vingtaine de kilomètres seulement avaient chacun leur propre dialecte, la plupart des jeunes n’utilisent déjà plus le dialecte de leurs parents ou grands-parents, et les plus jeunes ne pourraient le parler s’ils le désiraient. Dans certaines coins du pays, plus personne ne parle le dialecte régional (voir article sur Wikipédia). Je ne connais pas personellement la situation en France, mais cela ne m’étonnerait pas que la même chose s’y passe si l’on en croit les études disponibles (voir ici).

Les articles publiés résument bien le pourquoi de ce triste état de choses, et expliquent assez bien en quoi cet appauvrissement constitue une perte réelle pour l’humanité. En somme, la perte de ces langues et dialectes se traduira par:

  • la perte de l’identité sociale (signifiant que les utilisateurs restants de la langue perdue ne se reconnaissent plus que par la nourriture qu’ils mangent et peut-être aussi par leurs noms de famille–si tant est qu’ils n’ont pas changé;
  • un appauvrissement des pensées et des conceptions du monde qui nous entoure (qui s’expriment à travers la poésie, les rites, les cérémonies, l’humour et les émotions, ainsi que par les questions scientifiques qu’un peuple pose–voir l’article de Claire M. Filloux, PhD, qui explique comment le langage peut affecter même la qualité de la science conduite par les chercheurs (ici ou ici);
  • la perte des traditions mêmes qui définissent chaque groupe, qui nous définissent

Tout ce qui précède se traduira finalement par une diminution de notre capacité en tant qu’humains de comprendre, et selon moi, même par une diminution de notre capacité d’adaptation sociale et d’adaptation du monde qui nous entoure à nos besoins–lorsque cela sera nécessaire pour assurer notre survie en tant qu’espèce.

Mais qu’en est-il de la perte de la parole elle-même? Est-il possible de perdre l’abilité de parler? Je n’ai pas trouvé de recherche sur le sujet, donc ce qui suit est plutôt spéculatif, mais la question me trotte dans l’esprit depuis un bon moment face à l’expansion des technologies non verbales, de même que face aux frustrations que me procurent souvent l’expression orale et l’écriture.

L’omniprésence des technologies qui nous permettent de communiquer de manière non verbale est évidente et n’a pas besoin d’être énoncée. Non seulement la plupart des gens préfèrent envoyer un message ou un texte pour dire bonjour, demander quelque chose ou informer quelqu’un, mais un nombre important de membres de la génération Y ont même horreur d’avoir à converser avec quelqu’un par téléphone, au point de refuser de le faire même lorsqu’un devoir est dû le lendemain. Au travail aussi, la plupart préfèrent utiliser les courriels ou la messagerie instantanée plutôt que d’appeler ou de marcher jusqu’au bureau d’un collègue. Alors que par le passé, la parole était utilisée dans tous les cas sauf quand on écrivait une lettre ou que l’on envoyait à quelqu’un un avion en papier contenant le message, la parole est maintenant utilisée beaucoup plus rarement pour communiquer.

Moi-même, je rêve du jour où un appareil–soit implanté dans mon cerveau ou placé sur mon crâne–pourra extraire les pensées de mon esprit et les transformer en mots ou en histoires entières présentés sur un medium visuel quelconque (peut-être sous forme de document ou de vidéo qui reste encore à inventer). Des prototypes de telles technologies ont déjà été développés, en fait (voyez ici comment elles ont été utilisées pour permettre à Stephen Hawking de parler). Je rêve de cette possibilité parce que même si je suis capable d’imaginer des histoires entières en quelques minutes, les mettre sur papier–ou les raconter–est beaucoup plus difficile et prend un énorme temps. Mais si ces dispositifs devaient être développés et utilisés pour la communication directe cerveau-cerveau–ce qui n’est pas une impossibilité–alors nous oublierons complètement comment utiliser nos voix –pour le moins parmi les classes supérieures étant donné le coût probablement prohibitif de telles procédures pour les pauvres, ce qui ferait des membres de la classe ouvrière les seuls gardiens de nos voix.

Quelles seront les conséquences de la poursuite de ces tendances évolutionnaires sociales (perte des langues et désuétude de la communication orale)? Pourrions-nous, en fait, perdre nos capacités cognitives? Notre capacité à résoudre des problèmes complexes? À la base, je suppose qu’avec la désaffectation des voies neurales et des muscles impliqués dans la production de la parole, nous perdrons la capacité de communiquer facilement et efficacement de façon verbale, en particulier si l’utilisation d’outils non verbaux commence très tôt (comme c’est déjà le cas – voir ici), avant que les capacités verbales soient pleinement établies (heureusement, la plupart des enfants doivent encore aller à l’école et l’apprentissage se fait encore, en grande partie, par l’instruction verbale, mais cela est aussi en train de changer). L’appauvrissement continu de nos capacités verbales pourrait-il conduire à l’incapacité de résoudre les problèmes du futur, ou même à l’incapacité de réussir un contact avec une espèce extraterrestre, le jour venu? Les scientifiques cognitifs, anthropologues et autres prennent de plus en plus au sérieux certaines de ces possibilités et étudient plus rigoureusement les liens de causalité entre les modes de communication et de cognition. Mais la meilleure question à poser est peut-être: désiront-nous découvrir par l’expérience ce qui se passera si les liens sont vrais et que la tendance continue?

Je vois une ligne de développement technologique qui pourrait renverser une partie de ces problèmes, et c’est la communication holographique. Je crois que si cette technologie devient aussi omniprésente que la messagerie, nous verrons probablement les gens choisir de communiquer verbalement de nouveau, pour dire bonjour, demander une faveur, organiser un événement, ou informer quelqu’un d’événements triviaux et sérieux–peut-être. Mais je ne vois pas comment la perte rapide des langues à travers le monde peut être évitée, même avec les efforts actuels de certains pour l’arrêter; pas dans un monde toujours plus global. Bien que, si nous pouvions développer des traducteurs universels instantannés qui puissent être implantés dans notre cerveau, cette perte des langues locales pourrait peu-être alors être stoppée.

LADP.

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