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Je suis très excité, ce soir, de partager un extrait du premier chapitre de Prémonitions, Tome 1 de L’Épopée de K’Tara, la version française de Forebodings, Conquerors of K’Tara Book 1, que j’espère publier d’ici l’automne pour faire connaitre l’histoire à mes compatriotes québécois mais également à tous ceux de française, à travers le monde.

Vous vous souviendrez que j’ai annoncé il y a quelques mois avoir trouvé et engagé une traductrice du nom de Claire Bourely que j’ai choisie parmi la dixaine de postulants pour sa capacité à rendre justice au texte original tout en écrivant pour un public francophone, chose qui pour moi est malheureusenent devenue un peu difficile après quatorze ans passés aux États Unis et à parler presque’uniquement en anglais. D’ailleurs, vous remarquerez peut-être dans cette introduction quelque tournure de phrase pas trop française.

J’espère que vous aimerez cet extrait. Laissez-le moi savoir dans les commentaires au bas.

LADP.

Les Ardars

Les cris de Toras déchirèrent tout à coup, le silence de midi. Sa peau était lacérée, brûlée par les rayons impitoyables des deux soleils au zénith qui, dans leur course quotidienne d’un bout à l’autre du ciel de K’Tara, se moquaient bien de leur victime ou de ce qui l’avait poussée à s’allonger là.

Mais ce n’était pas aujourd’hui que les soleils jumeaux auraient la peau du jeune humain. Hurlant de douleur, son cœur battant la chamade, la chaleur engourdissant son esprit et ses jambes encore chancelantes, Toras parvint malgré tout à se relever et se mit à courir aussi vite que possible vers la forêt.

L’air frais et humide qui régnait dans le bois le soulagea immédiatement. Il examina son corps meurtri, couvert d’un mélange de sang séché et de saletés, et secoua la tête à la vue de ses innombrables plaies encore à vif. Il souffrait aussi de blessures lancinantes au visage. S’il ne les soignait pas rapidement, elles ne tarderaient pas à s’infecter avec cette humidité, et, pour l’instant, il n’avait pas l’énergie nécessaire pour lutter contre une infection.

Toras savait qu’il n’aurait jamais dû s’endormir dehors et s’en voulait terriblement. Mais, l’épuisement des derniers jours avait fini par avoir raison de lui, et lorsqu’il avait atterri dans la clairière la nuit précédente, il s’était laissé glisser à terre et engloutir par le sommeil, espérant se réveiller avant que les soleils ne se trouvent à leur apogée. Malheureusement pour lui, il ne s’était pas réveillé à temps ; les soleils avaient déjà commencé leur ouvrage et on voyait au loin la tempête se rapprocher, comme elle le faisait toujours juste après.

Toras poussa un gémissement, maintenant que son corps s’était habitué à la température et que la douleur s’intensifiait. « Je dois nettoyer et panser tout ça, et vite… », dit-il à haute voix en secouant la tête.

Prenant soudain conscience de la situation, il s’écria : « Mais où est Scratch ? Scratch ! » 

Une dizaine de mètres derrière lui, une tête jaillit d’une masse recroquevillée. Alors que Toras appelait toujours, la fière créature se dressa sur ses quatre membres puissants, poussa un cri strident d’excitation, déploya ses ailes membraneuses, puis s’élança vers son maître.

Tout heureux de voir l’animal, Toras s’exclama : « Scratch ! L’espace d’un instant, j’ai cru que tu m’avais abandonné ! »

Scratch lâcha des petits grognements secs en battant frénétiquement ses ailes antérieures contre ses ailes postérieures. Il recula et lança à son maître un regard plein de reproches.

Entre deux gémissements, Toras continua : « Allez, Scratch, j’ai besoin de la selle… que j’ai laissé sur ton dos hier soir. J’suis désolé. »

Scratch poussa un cri accusateur cette fois, mais il avança vers son maître pour le laisser retirer la selle. Toras, reconnaissant, remercia l’animal d’une petite tape sur son bec lisse et strié. Scratch était vraiment le plus fidèle des compagnons. Il emmenait Toras partout, de vastes plaines en hautes montagnes, sur des kilomètres de marais mortels, de jour comme de nuit, au cœur des combats ou en des temps plus paisibles, sans jamais se plaindre. Cette complicité qui les unissait si solidement l’un à l’autre venait sans doute plus du fait que le furan et son maître avaient grandi ensemble que du contrat d’échange de nourriture contre les services du furan.

Aussitôt libéré de sa selle, Scratch se cambra et laissa échapper un étrange gémissement. Au même moment, Toras ressentit une violente douleur provenant de ses blessures et il poussa un cri. Inquiet, Scratch se tourna vers lui.

Toras expliqua : « J’ai vraiment besoin de soigner ces plaies, Scratch… ça veut dire que je dois d’abord me laver. Si je ne me trompe pas, continua-t-il, Aquilaqua[i] se trouve à quelques centaines de mètres d’ici, à l’ouest, de l’autre côté de la forêt. »

Scratch hocha la tête, avec ce mouvement de haut en bas qui le caractérisait. Toras le regarda et se dit qu’il serait injuste de lui remettre la selle. Cela l’aurait arrangé, mais il décida de la porter lui-même. Après tout, il était seul responsable de sa situation. Il souleva donc son fardeau, fit signe à Scratch de le suivre et se mit en route.

Dix minutes, quelques gémissements et gros mots plus tard, Toras et Scratch arrivèrent sur une plage de galets. Devant eux, une rivière chantait en éclaboussant pierres et rochers sur son chemin. Toras remarqua un large bassin qui lui parut un bon endroit pour se laver, en amont des rapides. Il se dépêcha de l’atteindre, impatient de laver et de soigner ses plaies avant que la tempête ne s’abatte sur eux. Il déposa la selle au sec sur un gros rocher, puis il se déshabilla et jeta son linge souillé sur les galets, avant de plonger. Le prince nagea vers un banc de sable où il avait pied et se mit à frotter doucement ses blessures, ponctuant ses gestes de gémissements, tandis qu’il débarrassait son corps des saletés et du sang séché.

Toras sursauta de dégoût lorsqu’il découvrit des croûtes verdâtres incrustées dans sa peau : le sang des choses dégoûtantes qui les avaient attaqués la nuit précédente. Le souvenir des bourras (c’est le nom qu’il leur avait donné) l’envahit aussitôt et un frisson le parcourut. Le simple fait de penser à ces créatures, les plus cruelles et répugnantes qu’il n’eût jamais affrontées, raviva sa peur et le mit mal à l’aise. Il secoua la tête pour les chasser de son esprit. Cela ne marcha pas longtemps cependant, car en devenant plus molle et plus liquide, la substance dégageait une odeur âcre qui, à mesure qu’elle montait à ses narines, lui rappelait ces créatures fétides qui avaient décimé ses hommes.

Toras grogna et se mit à frotter de plus en plus fort et de plus en plus vite, gémissant chaque fois qu’il se rapprochait d’une plaie. Ce ne fut qu’après que la rivière eut emporté toute cette saleté répugnante, l’ayant dissoute jusqu’à la dernière trace, que Toras retrouva la paix. Alors, il se mit sur le dos et se laissa flotter quelques instants pour profiter des bienfaits de l’eau fraîche sur ses muscles endoloris. Mais, tandis qu’il regardait le ciel, un gros nuage noir indiquant l’arrivée de la tempête projeta, entre les branches des arbres, des ombres inquiétantes. À ce même moment, Scratch lança un cri strident, aussi naïf qu’inattendu. Tout cela remua chez Toras des souvenirs encore plus horribles : ceux de la créature qu’il avait rencontrée dernièrement, une créature terrible venue du passé, connue sous le nom de Scytale, mais qui, aux dires de ceux qui avaient eu l’occasion de la croiser, ressemblait davantage à un rokon[ii] de très grande taille. C’est ainsi qu’avait débuté son voyage funeste. Toras entendait encore résonner les cris épouvantables du Scytale, pénétrant ses muscles jusqu’à ses os, et ce souvenir qui resurgit au moment même où la marée se mit à monter avec des vagues effrayantes fit paniquer le prince qui s’étouffa.

Craignant pour son maître, Scratch s’apprêtait à plonger lorsque Toras, qui revenait déjà à la nage, l’arrêta d’un cri. Fort heureusement, le rivage n’était qu’à quelques mètres et Toras parvint à sortir de l’eau malgré le courant.

Aussitôt, Scratch s’approcha de lui, le poussa gentiment avec son bec et le regarda avec ses grands yeux noirs à nouveau remplis d’inquiétude.

« J’étais juste perdu dans mes souvenirs quand tu… » Toras était sur le point de reprocher au furan ce qui venait de se passer, mais il se ravisa et dit « quand l’eau m’a bousculé, et j’ai eu un moment de panique. J’te remercie quand même de t’être inquiété pour moi. »

Le furan lui répondit par un hochement de tête, doublé d’un intense ronronnement. Il avait bien compris, entre le ton de sa voix et ses paroles, que son maître était de mauvaise humeur, mais que tout allait bien.

« Je pense que nous ferions mieux de trouver un lieu sûr pour attendre la fin de la tempête. Viens, Scratch. »

Toras se dépêcha de ramasser sa sacoche, y bourra son linge sale et enfila des vêtements propres, esquissant une grimace quand il installa la selle sur son épaule, et courut ensuite dans la forêt, Scratch trottant derrière lui.

 

[i] Aquilaqua : Eau des Aquiliens.

[ii] Rokon : Prédateur qui ressemble à un grand reptile volant. Il vient des monts Tarkoth, au nord du territoire des Aquinos.

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